« Au royaume du soutien-gorge », c’est le nom français d’un documentaire israélien de Michal Cohen, qui est diffusé depuis plus de 6 mois sur Arte. Merci à Yossi et Lila qui ont attiré mon attention sur ce documentaire.
Un documentaire au contenu à la fois exceptionnel – car ce sont des sujets qu’on n’aborde jamais et banal – car cela parle du quotidien des femmes, des femmes de tous milieux et de toutes les composantes de la société israélienne parlent de leur intimité dans les cabines d’essayage de ce magasin de soutien-gorge de Yaffo, qui est tenu par deux femmes formidables.
Noa’s le nom du magasin, voit défiler tous les jours, des femmes harédis, ou athées, juives, arabes ou philippines, des très jeunes filles ou des femmes matures, elles rentrent dans cette boutique comme si elles couraient à l’abri, vers un lieu sécure sans jugement et surtout un lieu de partage de ce qu’elles vivent ou ont vécu. Certaines relatent le harcèlement banal de rue, ou à l’armée, d’autres les opérations, pour agrandir ou réduire les seins, le cancer et ses cicatrices ou amputations. D’autres encore racontent la violence du père, du frère ou autre mari, une relation abimée avec leur mère ou leur fille, ou au contraire leur lien fusionnel, elles parlent de leurs craintes et angoisses face à la vieillesse, …Elles parlent aussi de politique : de la guerre, du pays et de son avenir. Des plus triviales aux plus graves, toutes les discussions et émotions se déversent dans ce lieu, dans l’intimité d’une cabine d’essayage où même les deux responsables du magasin partagent leurs secrets.
Un confessionnal, un lieu de pure vérité, ce film mériterait qu’on lui consacre une séance d’étude : réflexion sur ce que vivent les femmes dans un pays gangréné par la violence, ou encore lesté par le poids de la tradition et de la religion…réflexion tout simplement sur les relations femmes-hommes en 2026 !
En France, en ce moment même une nouvelle loi dite globale de lutte contre les violences sexistes et sexuelles est étudiée depuis décembre dernier à l’Assemblée Nationale. Près de 10 ans après le début du mouvement #metoo, et 5 ans après les révélations de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), ces violences longtemps ignorées ou minimisées, sont apparues dans une lumière crue et des révélations plus sordides les unes que les autres font la une de l’actualité tous les jours.
Les violences physiques sont précédées, la plupart du temps, par des violences morales dites sexistes, des millénaires de mépris, de mise à l’écart, de déconsidération, la gente féminine étant reléguée à un statut inférieur, et devant être sous la tutelle d’un père puis d’un mari, mais sans existence autonome propre et ce quelle que soit la société d’où elles sont issues, aussi bien en Orient qu’en Occident. Même si en Occident les femmes ont fait leur révolution et la loi a évolué ces 50 dernières années, il persiste des réflexes patriarcaux, qui nécessitent encore des législations globales donc…
L’épisode des cinq filles de Tzelophéhad, arrive comme une bouffée d’oxygène dans une marée biblique patriarcale. L’histoire apparaît au milieu de la paracha qui traite du recensement des douze tribus, avant l’attribution des parcelles de terre à chacune d’entre elles. Dieu déclare que la terre doit être distribuée proportionnellement au nombre d’adultes mâles de chaque tribu. Mais les filles de Tzélophéhad ne comptent pas dans ce recensement. Ces cinq filles restées orphelines et sans frère, ni hommes dans la famille, n’ont droit à aucune terre selon la loi biblique sur l’héritage. La règle générale dans la Bible est qu’une femme ne peut pas hériter d’un homme. Alors, elles viennent plaider leur cause devant Moïse et lui demandent de changer la loi et réparer cette injustice. Les cinq filles s’appellent Mahla, Noa, Hogla, Milka et Tirza.
Moïse a oublié sa loi sur le sujet, Dieu, étonnamment, est d’accord : oui, leur cas est juste, la loi doit être réformée, lorsqu’il n’y a aucun héritier mâle, alors les femmes peuvent hériter.
Plusieurs chapitres plus loin, cette décision est remise en partie en question par les frères du père qui affirment que la terre doit rester au sein de leur tribu, celle de Manassé. Pour cela, les filles de Zelophehad ne pourront hériter de leur parcelle que si elles se marient au sein de cette même tribu.
La démarche des cinq filles de Zelophehad est commentée dans le midrash qui explique que ces héroïnes ont fait preuve de nombreuses qualités : d’abord leur perspicacité de s’en être remises à Dieu, plutôt qu’aux hommes, qui est capable de davantage de compassion.[1]
Puis, elles ont su se montrer solidaires et agir de concert, elles ont su coopérer, à égalité les unes avec les autres. Enfin, selon le talmud[2], ces cinq femmes ont fait preuve d’une grande sagesse, parce qu’elles ont su saisir le bon moment pour s’exprimer et utiliser le bon argument : en mettant en avant leur motivation qui était la perpétuation du nom de leur père. Tenaces, vertueuses, justes, habiles, sages et perspicaces, et surtout courageuses, que de qualités sont nécessaires pour être enfin écoutées !
En ce chabbat où une jeune fille – et quelle jeune fille – se présente devant nous tous pour célébrer sa bat mitsva et affirmer sa foi dans l’éthique juive et dans l’avenir, Jessica tu ne pouvais pas mieux tomber que sur ces 5 modèles féminins qui font basculer la loi et qui sont une preuve vivante du fait que la révélation divine n’est pas figée une fois pour toutes mais est un processus continu, une révélation renouvelée à chaque génération.
Mais la loi connait des va et viens, des allers et retours et des détours, comme un pendule qui avance et recule. Par conséquent pour ne pas subir de nouveaux reculs, restons vigilantes et vigilants, le sort réservé aux femmes dans nos sociétés est fragile et doit en permanence être protégé, et gravé dans la loi. Nous comptons tous et toutes sur toi Jessica, car toi comme ta sœur Evie, vous faites partie de cette génération montante qui devra continuer à se battre pour que nos droits soient respectés, et continuent à progresser. Chère Jessica à toi et ta famille, un grand mazal tov !
[1] Sifrei Pinchas, 133
[2] Talmud Baba Bathra 119b
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Un documentaire au contenu à la fois exceptionnel – car ce sont des sujets qu’on n’aborde jamais et banal – car cela parle du quotidien des femmes, des femmes de tous milieux et de toutes les composantes de la société israélienne parlent de leur intimité dans les cabines d’essayage de ce magasin de soutien-gorge de Yaffo, qui est tenu par deux femmes formidables.
Noa’s le nom du magasin, voit défiler tous les jours, des femmes harédis, ou athées, juives, arabes ou philippines, des très jeunes filles ou des femmes matures, elles rentrent dans cette boutique comme si elles couraient à l’abri, vers un lieu sécure sans jugement et surtout un lieu de partage de ce qu’elles vivent ou ont vécu. Certaines relatent le harcèlement banal de rue, ou à l’armée, d’autres les opérations, pour agrandir ou réduire les seins, le cancer et ses cicatrices ou amputations. D’autres encore racontent la violence du père, du frère ou autre mari, une relation abimée avec leur mère ou leur fille, ou au contraire leur lien fusionnel, elles parlent de leurs craintes et angoisses face à la vieillesse, …Elles parlent aussi de politique : de la guerre, du pays et de son avenir. Des plus triviales aux plus graves, toutes les discussions et émotions se déversent dans ce lieu, dans l’intimité d’une cabine d’essayage où même les deux responsables du magasin partagent leurs secrets.
Un confessionnal, un lieu de pure vérité, ce film mériterait qu’on lui consacre une séance d’étude : réflexion sur ce que vivent les femmes dans un pays gangréné par la violence, ou encore lesté par le poids de la tradition et de la religion…réflexion tout simplement sur les relations femmes-hommes en 2026 !
En France, en ce moment même une nouvelle loi dite globale de lutte contre les violences sexistes et sexuelles est étudiée depuis décembre dernier à l’Assemblée Nationale. Près de 10 ans après le début du mouvement #metoo, et 5 ans après les révélations de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), ces violences longtemps ignorées ou minimisées, sont apparues dans une lumière crue et des révélations plus sordides les unes que les autres font la une de l’actualité tous les jours.
Les violences physiques sont précédées, la plupart du temps, par des violences morales dites sexistes, des millénaires de mépris, de mise à l’écart, de déconsidération, la gente féminine étant reléguée à un statut inférieur, et devant être sous la tutelle d’un père puis d’un mari, mais sans existence autonome propre et ce quelle que soit la société d’où elles sont issues, aussi bien en Orient qu’en Occident. Même si en Occident les femmes ont fait leur révolution et la loi a évolué ces 50 dernières années, il persiste des réflexes patriarcaux, qui nécessitent encore des législations globales donc…
L’épisode des cinq filles de Tzelophéhad, arrive comme une bouffée d’oxygène dans une marée biblique patriarcale. L’histoire apparaît au milieu de la paracha qui traite du recensement des douze tribus, avant l’attribution des parcelles de terre à chacune d’entre elles. Dieu déclare que la terre doit être distribuée proportionnellement au nombre d’adultes mâles de chaque tribu. Mais les filles de Tzélophéhad ne comptent pas dans ce recensement. Ces cinq filles restées orphelines et sans frère, ni hommes dans la famille, n’ont droit à aucune terre selon la loi biblique sur l’héritage. La règle générale dans la Bible est qu’une femme ne peut pas hériter d’un homme. Alors, elles viennent plaider leur cause devant Moïse et lui demandent de changer la loi et réparer cette injustice. Les cinq filles s’appellent Mahla, Noa, Hogla, Milka et Tirza.
Moïse a oublié sa loi sur le sujet, Dieu, étonnamment, est d’accord : oui, leur cas est juste, la loi doit être réformée, lorsqu’il n’y a aucun héritier mâle, alors les femmes peuvent hériter.
Plusieurs chapitres plus loin, cette décision est remise en partie en question par les frères du père qui affirment que la terre doit rester au sein de leur tribu, celle de Manassé. Pour cela, les filles de Zelophehad ne pourront hériter de leur parcelle que si elles se marient au sein de cette même tribu.
La démarche des cinq filles de Zelophehad est commentée dans le midrash qui explique que ces héroïnes ont fait preuve de nombreuses qualités : d’abord leur perspicacité de s’en être remises à Dieu, plutôt qu’aux hommes, qui est capable de davantage de compassion.[1]
Puis, elles ont su se montrer solidaires et agir de concert, elles ont su coopérer, à égalité les unes avec les autres. Enfin, selon le talmud[2], ces cinq femmes ont fait preuve d’une grande sagesse, parce qu’elles ont su saisir le bon moment pour s’exprimer et utiliser le bon argument : en mettant en avant leur motivation qui était la perpétuation du nom de leur père. Tenaces, vertueuses, justes, habiles, sages et perspicaces, et surtout courageuses, que de qualités sont nécessaires pour être enfin écoutées !
En ce chabbat où une jeune fille – et quelle jeune fille – se présente devant nous tous pour célébrer sa bat mitsva et affirmer sa foi dans l’éthique juive et dans l’avenir, Jessica tu ne pouvais pas mieux tomber que sur ces 5 modèles féminins qui font basculer la loi et qui sont une preuve vivante du fait que la révélation divine n’est pas figée une fois pour toutes mais est un processus continu, une révélation renouvelée à chaque génération.
Mais la loi connait des va et viens, des allers et retours et des détours, comme un pendule qui avance et recule. Par conséquent pour ne pas subir de nouveaux reculs, restons vigilantes et vigilants, le sort réservé aux femmes dans nos sociétés est fragile et doit en permanence être protégé, et gravé dans la loi. Nous comptons tous et toutes sur toi Jessica, car toi comme ta sœur Evie, vous faites partie de cette génération montante qui devra continuer à se battre pour que nos droits soient respectés, et continuent à progresser. Chère Jessica à toi et ta famille, un grand mazal tov !
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