Rabbin Daniela Touati

Pirke Avot 5:16 : "Tout amour qui dépend de son objet, si l’objet disparaît, l’amour disparaît, Mais s’il ne dépend d’aucun objet, il ne cessera jamais."

Hesped Onisoa Tzipora Topcha – 9 Eloul 5781, 17 août 2021

Chers amis,

Les hommages pleuvent depuis ce jour funeste du mercredi 11 août où votre maman – Loïc, Solen et Mayeul, et ton épouse Fabrice nous a quittés.

La consternation, l’incompréhension, la colère face à ce décès prématuré a frappé chacun comme un coup de massue !

Tous ceux qui l’ont côtoyée sans être présent au quotidien répètent en boucle : comment est-ce possible ? Elle qui était si souriante, si rayonnante ne peuvent s’imaginer qu’elle était malade et si gravement en plus!

Colère et tristesse alternent dans le cœur de chacun. Elle laisse un grand vide, un vent glacial à la place qu’elle occupait, une magnifique rose s’en est allée.

Shammaï dit dans les Paroles des Pères : « parlez peu mais faites beaucoup et accueillez tous les humains avec un visage agréable. » Onisoa a fait sienne cette parole…Elle savait accueillir chacun d’un grand sourire, d’un mot de bienvenue, elle reliait chacun à son prochain. Elle avait à cœur que tous se sentent bien à KEREN OR comme partout, et elle s’activait en permanence même lorsque la maladie commençait à sérieusement l’handicaper, elle avait cette question à la bouche : « qu’est ce que je peux faire pour t’aider? »  se rendre utile, servir ceux qu’elle aimait et cela englobait beaucoup de monde…

Et pourtant, la vie n’avait pas été très tendre avec elle, à un très jeune âge, 7 ans, elle vit le drame de perdre sa maman du cancer elle aussi, restée orpheline c’est son père, qui l’élève et l’arrache à sa famille maternelle avec laquelle elle renouera enfin à l’adolescence. Une première maladie très grave manque de l’emporter à 15 ans déjà.

Et puis elle rencontre Fabrice, ce sera un nouveau chapitre, une porte vers des lendemains qui chantent et plus de 20 ans d’amour inconditionnel. De cette union sont nés 3 enfants Loïc, Solen et Mayeul. Ces 3 bébés comme elle les appelait encore récemment même s’ils avaient passé l’âge, la prunelle de ses yeux qu’elle couvait avec une attention et un dévouement extrême. Rien n’était trop beau pour eux, il fallait leur offrir le meilleur de l’éducation, de la musique, la danse, les arts martiaux, les meilleures écoles, quitte à consentir à d’énormes sacrifices. Cette éducation passait aussi par le Talmud Torah de Keren Or, où les trois oisillons ont été des élèves assidus et exemplaires, aussitôt leur bar/bat mitsva célébrée, les deux ainés ont à leur tour montré la route à la génération suivante. Absorber des connaissances, recevoir oui mais savoir donner en retour. Ce sont ces valeurs qu’Onisoa et Fabrice ont inculqué à leurs enfants, Avec beaucoup de dévouement et de générosité. Pour Onisoa c’était un pied de nez à l’enfermement qui a été trop souvent synonyme de son enfance.

Sa famille était un contre modèle pour s’affranchir du passé.

Cela passait aussi par sa propre initiation au judaïsme, qu’elle a prise très au sérieux, et même si l’hébreu était un peu sa pierre d’achoppement ce sont ses enfants qui l’ont formée. 

Finalement, elle a brillamment réussi cette étape alors que la maladie rôdait de nouveau. Lorsqu’on a discuté ensemble de son prénom hébraïque Tzipora s’est imposé comme une évidence : elle qui avait rejoint le peuple de son époux Fabrice, et apportait dans ses valises une tradition qui ne pouvait qu’enrichir celle du judaïsme.  Elle qui avait en commun avec la Tzipora biblique la même couleur de peau, et surtout une voix et l’amour de la musique : Tzipora l’oiseau chantant qui jouait de la flûte.

Combien de fois son prénom a résonné dans les murs de Keren Or lors du mi sheberakh, la prière pour les malades ? Combien de fois elle a espéré qu’un traitement allait la libérer miraculeusement de cette torture, elle dont la fête préférée était, est-ce un hasard – Pessah symbole de la libération physique de notre peuple ?

Elle aura mené un combat contre l’enfermement toute sa vie, que ce soit le deuil de sa maman, ou la maladie qui l’avait rattrapée elle aussi, comme si elle avait voulu jouer à cache-cache avec son destin.

Les barreaux de ta cage sont enfin tombés Tzipora oui la maladie a fini par rendre ta vie ici bien trop pénible et douloureuse, tu as préféré les briser et t’envoler même si cela t’arrachait à ceux que tu aimes. Mais ne t’inquiète pas, ton lègue est là, tes valeurs ont imprégné chacun de tes enfants, ils sont armés pour la vie, même Mayeul qui est bien trop jeune pour perdre sa maman. 

Vous avez reçu cette force de vie, comme nous dit la Torah vebaharta bahaimmais tu choisiras la vie[1], et votre maman – cette femme de combat veillera sur vous à chaque moment de votre vie. Elle vous a donné les clés et ces clés sont là quand vous en avez besoin. 

Modèle de la mère courage Onisoa était une Eshet haïl comme on peut lire dans le livre des proverbes, Heureux qui a rencontré une femme vaillante ! Elle est infiniment plus précieuse que les perles[2] et c’est, entre autres, pour cela que vous/nous tous la garderons pour toujours dans notre cœur.

Que son âme et sa lumière soit liées au faisceau des vivants ! 


[1] Deut. 30:9

[2] Proverbes 31 :10

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  1. Laurence et Bernard

    Nous ne lconnaissions pas Tripora, mais, Rabbi, vous nous l’avez présentée avec tellement de force et de foi que nous n’avons eu aucun mal à faire la connaissance d’une femme merveilleuse. Chaleureux soutien à Fabrice et aux enfants.
    Laurence Buisson et Bernard Cohen

  2. Seraphine

    J’ai fait la connaissance, bien que brièvement d’Onisoa au restaurant du travail. J’ai un merveilleux souvenir d’une dame belle et toujours très souriante. Que son âme repose en paix . Courage à la famille qu’elle laisse derrière elle 🙏🏾

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